À l’heure des algorithmes, et demain des intelligences artificielles, il peut sembler bon de parler à nouveau de l’HYPERTEXTE… et surtout de (re)prendre conscience de l’importance de ce concept dans notre quotidien. Une bonne occasion de se pencher sur les façons dont il a émergé, dont il a en fait toujours existé… et dont il peut encore aujourd’hui se réinventer pour enchanter notre quotidien.

C’est parti donc pour une série de 8 petites histoires, que vous retrouverez sur ce blog chaque lundi au cours des prochaines semaines. Des billets qui vous feront – on l’espère – réfléchir et peut-être imaginer les usages digitaux du futur.

On démarre ?

Un bibliothécaire nommé Jorge Luis

Un peu de théorie pour commencer. La notion d’hypertexte – qu’on résumera comme la possibilité de créer des liens entre des idées, des concepts, des contenus… – n’a rien de récent. Les premières ébauches d’un savoir infini et consultable à l’envie datent, en gros, des années 1940.

Il y a tout d’abord Jorge Luis Borgès et sa fameuse Bibliothèque de Babel imaginée en 1944. Dans cette bibliothèque serait disponible l’infinité des ouvrages composables, soit l’intégralité des façons de combiner les lettres de l’alphabet, que le texte qui en résulte soit compréhensible ou non.

Le catalogue de la Bibliothèque de Babel dépasse l’imagination humaine. S’y côtoient des enchaînements de lettres sans signification, des œuvres totalement abstraites, mais aussi le plus beau des poèmes de Rimbaud, le mode d’emploi de votre lave-vaisselle et pourquoi pas la prochaine proposition commerciale de votre agence publicitaire. La bibliothèque de Babel contient, en fait, l’intégralité du savoir écrit humain et se présente ainsi comme l’un des précurseurs du Web d’aujourd’hui. Depuis 2015, elle est d’ailleurs consultable en ligne : www.libraryofbabel.info. Bien entendu, elle ne vous rendra aucun service, mais cet exercice d’application donne une idée de l’immensité des possibilités de création de contenu.

Soit dit en passant, l’équivalent musical de la Bibliothèque de Babel existe lui aussi : un spécialiste du droit français, Damien Riehl s’est amusé à créer à l’aide d’un algorithme l’intégralité des mélodies possibles, et à protéger légalement celles-ci. Au total, ce sont plus de 68 milliards de compositions qui ont été créées. Une sorte de… Discothèque de Babel.

Au cœur de Memex

Mais la Bibliothèque de Babel, même si elle contient tout le savoir humain ne suffit pas à créer de l’hypertexte. Dans cette bibliothèque, nous sommes livrés au hasard : on pourrait l’explorer pendant une vie entière en n’y trouvant que des ouvrages dénués de sens. Il manque à l’œuvre de Borgès un outil de navigation.

Cet outil de navigation, cela pourrait être le Memex. Un système imaginé par l’ingénieur américain Vannevar Bush en 1945. Dans un article fondateur paru dans le journal The Atlantic – et toujours consultable – il imagine un système mécanique fonctionnant de manière similaire au cerveau humain.

Le résumé de l’exercice est ardu. On pourrait dire que Memex stocke la totalité du savoir produit par un humain sous forme de microfilms ou de bandes magnétiques, ces contenus pouvant aussi bien être enregistrés par voix ou par une caméra miniature. Mais Vannevar Bush ne s’intéresse pas qu’au stockage de l’information, il s’intéresse aussi à la façon de retrouver ces connaissances. Memex possède des outils de recherche (un clavier, un index) permettant d’accéder rapidement à un microfilm en particulier. Mais le système ne s’arrête pas là…

Copier l’esprit humain

Memex se veut le plus proche possible de l’esprit humain. Vannevar Bush imagine donc un moyen de marquer les contenus enregistrés – par exemple, avec un mot-clé – et de les organiser selon des flux d’idées – comme c’est le cas dans un flux de pensée, dans votre propre cerveau – et il va jusqu’à concevoir ces marqueurs comme des bases de partage.

Avec Memex, je peux retrouver, même des années après, mon flux de pensée initial sur une thématique et m’y replonger – un peu comme dans le Pensieve cher à Albus Dumbledore dans la saga des Harry Potter – ou alors le compléter avec de nouvelles connaissances et de nouveaux souvenirs. Si le mot hypertexte n’est pas utilisé une seule fois dans la vision de Vannevar Bush, on peut facilement imaginer que Memex est LE précurseur du Web et de l’hypertexte.

Dernier détail, et petit clin d’oeil : l’article de Vannevar Bush se nomme As We May Think – Comme Nous Pourrions Penser. Comme quoi, il n’y a pas réellement de hasard.

Envie de connaître la suite ? L’épisode 2 d’As We May Link est disponible :


As We May Link, c’est un voyage au cœur de l’hypertexte que vous propose l’agence de design digital Plan.Net France : 8 épisodes au cours desquels on parle de la façon dont créons des liens, des origines de l’hypertexte, des menaces qui pèsent sur lui et des opportunités que nous avons à le développer. Huit épisodes à retrouver sur ce blog, et sur les réseaux sociaux.

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