(As We May Link, c’est une histoire du Web et de l’Hypertexte en 8 épisodes. Si vous avez manqué le début n’hésitez pas à reprendre au premier article, c’est ici : https://serviceplan.blog/fr/2021/09/as-we-may-link-la-blibliotheque-des-origines/.)

Bienvenue dans ce deuxième épisode de As We May Link, votre série dédiée à l’hypertexte. Après avoir parlé de bibliothèque et de microfilms, nous allons aujourd’hui parler un peu plus de notre cerveau. Parce que comme le titrait justement Vannevar Bush, l’hypertexte est tout sauf technique : c’est tout simplement la façon dont nous pensons.

Parlons littérature…

L’hypertexte dans sa mise en pratique, c’est la capacité à faire des liens entre les sujets et les idées, à passer du coq à l’âne, à trouver des échos de connaissances passées dans les évènements actuels. C’est ce qui fait que le menu de la cantine mardi midi des gnocchis – donne subitement envie de revoir Le Parrain 3 de Francis Ford Coppola.

Pour se convaincre qu’il n’y a rien d’exceptionnel dans cette idée, il suffit de remonter plus loin que l’ère numérique actuelle. L’hypertexte, même s’il ne se nommait pas comme ça, fait partie intégrante de notre façon de raconter des histoires depuis la nuit des temps. (Re)lisez par exemple Honoré de Balzac. Sa façon de faire des liens entre ses romans par l’intermédiaire des personnages, et donc de permettre au lecteur de sauter d’une histoire à l’autre, c’est déjà – un peu de l’hypertexte.

Un exemple : dans les Illusions Perdues, Balzac explique longuement les coulisses de l’industrie de la presse, nous immerge dans le monde des journalistes ou encore détaille les méthodes de fabrication du papier. Toutes ces digressions sont-elles indispensables à la bonne compréhension de l’histoire ? Soyons honnêtes : pas toujours. Et pourtant, elles apportent une profondeur culturelle et un contexte d’une valeur incroyable. Dans la littérature, ces exemples sont partout…

Une question de souvenirs

C’est même l’une des clés essentielles d’À la Recherche du Temps Perdu. Marcel Proust détaille tout au long de son œuvre la façon dont les souvenirs, impressions, sensations, idées et évènements s’entremêlent dans un tissu logique. Comment des œuvres musicales – les sonates de Vinteuil – se font écho les unes aux autres. Et plus encore comment ces œuvres permettent à différents protagonistes de se remémorer différents évènements et tisser des liens dans leur mémoire.

L’exemple le plus marquant est bien entendu l’odeur de la madeleine trempée dans le thé : un lien sensoriel qui relie le narrateur à sa tante Léonie. Un hypertexte théorisé bien avant l’heure. Ce même mécanisme qui donne envie de revoir le Parrain 3 quand les gnocchis sont au menu de la cantine. As We May Think.

De fait, l’hypertexte est partout autour de nous. Il est chez les peintres quand un motif en rappelle un autre. Elle est chez Alfred Hitchcock quand la forme d’un chignon rappelle le tourbillon qui entraîne James Stewart dans Vertigo. Elle est dans les bandes dessinées de Cosey, de manière plus volontaire, quand celui-ci détaille en quatrième de couverture de ses Jonathan les musiques qui ont appuyé son inspiration…

Partout sur le Web…

Car l’hypertexte, malgré son nom, n’est pas forcément textuel et peut pendre les formes les plus diverses. Le maëlstrom de contenu dans lequel nous naviguons à l’heure d’Internet et l’émergence d’une culture de masse portée par la musique et le cinéma ont d’ailleurs permis à l’hypertexte d’exploser en nombre et en forme. Si l’on explore un peu le Net, on se rendra vite compte à quel point les ponts entre les idées peuvent modeler le paysage du contenu. Deux exemples entre mille.

Vous connaissez les mash-ups ? La combinaison de plusieurs sources vidéos et/ou sonores. Une forme d’hypertexte vidéo et/ou musical ? Quand Mashup Superstars publie un assemblage de morceaux de Dr Dre et de Michel Berger, il fait de l’hypertexte en basant sa création sur un lien : le rythme. Que l’on parle de mot, de son, d’odeur de madeleine ou de rythme, la mécanique est la même. On parle de lien. L’émission cinématographique d’Arte Blow Up en est une autre illustration frappante. En dressant l’inventaire de ses madeleines – vocabulaire assumé – Luc Lagier exploite des liens, parfois évidents et parfois ténus, entre une thématique et un univers culturel et mental. Blow Up est un hypertexte dans la mesure où il permet de passer d’un univers à l’autre, de sauter d’Apocalypse Now au Didier d’Alain Chabat . Une logique de liens que Luc Lagier explique d’ailleurs lui-même de façon passionnante.

Un témoignage qui en dit aussi long qu’un volume de Proust sur le fonctionnement intime de notre cerveau, et la façon dont nous tissons des liens…

Envie de connaître la suite de l’histoire ? L’épisode 3 d’As We May link est déjà disponible :


As We May Link, c’est un voyage au cœur de l’hypertexte que vous propose l’agence de design digital Plan.Net France : 8 épisodes au cours desquels on parle de la façon dont créons des liens, des origines de l’hypertexte, des menaces qui pèsent sur lui et des opportunités que nous avons à le développer. Huit épisodes à retrouver sur ce blog, et sur les réseaux sociaux.

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