(As We May Link, c’est une histoire du Web et de l’Hypertexte en 8 épisodes. Si vous avez manqué le début n’hésitez pas à reprendre au premier article, c’est ici : https://serviceplan.blog/fr/2021/09/as-we-may-link-la-blibliotheque-des-origines/.)

Septième épisode de notre série As We May Link. Vous êtes toujours là ? On parlait encore la semaine dernière, de l’impact des plateformes et des GAFA sur notre façon de diffuser et d’accéder au contenu. Et fort heureusement, ils ne sont pas les seuls à nous proposer choses !

Bâtir des bibliothèques

Toutes les plateformes qui nous proposent des contenus n’ont pas aujourd’hui le modèle économique d’un YouTube ou d’un Netflix. Il existe, à l’instar de la Wikipedia, des espaces dédiés au partage de communs, c’est-à-dire de connaissance et de contenus qui sont la propriété commune de l’humanité et sont ainsi visionnables, partageables, diffusables à volonté. On pourrait en citer plusieurs.

Wikisource qui propose d’accéder à de nombreux textes du domaine public. Archives.org qui complète cette proposition avec de nombreux films et extraits sonores. Et bien entendu, tous les systèmes d’archives existant, proposés par les Etats comme le Gallica de la Bibliothèque Nationale de France ou la Bibliothèque du Congrès aux Etats-Unis. Ces ressources fonctionnent, sont accessibles gratuitement et librement, avant tout car elles dépendent d’organisations publiques – non financées par la sphère privée – et parce les conditions d’accès à Internet permettent aujourd’hui l’accès à une information sans filtre sur ces espaces. Ils forment une sorte d’espace public digital dans lequel nous pouvons tous évoluer.

Mais pour qui ne s’intéresse pas aux livres de Dostoïevski ou aux films de D. W. Griffith, quelle possibilité de consulter du contenu librement, sans abonnement ni publicité aujourd’hui ? Elles sont bien minces.

Contribuer

Aujourd’hui, pour pallier la suprématie des GAFA sur la diffusion de contenu, les solutions se veulent plutôt éthiques à défaut d’être libres. C’est-à-dire qu’elles privilégient un modèle économique favorisant le créateur plutôt que l’annonceur publicitaire, et mettant celui-ci en contact direct avec ses fans. On reconnaîtra dans cette description des plateformes comme Patreon – pour les graphistes, illustrateurs, mais aussi auteurs ou journalistes – ou encore le plus ancien BandCamp spécialisé dans la musique. Ces plateformes proposent d’avoir accès aux créations d’artistes, et parfois pas des moindres, soit librement soit en échange d’une contribution versée directement à ceux-ci (après commission). Une économie déjà plus verte que celle de Google, YouTube ou Instagram.

C’est que s’affranchir totalement des plateformes demande aujourd’hui bien plus d’efforts qu’auparavant. Et par effort, on pense en premier lieu aux efforts techniques. Ce qui a fait, très rapidement le succès des réseaux sociaux, c’est leur facilité d’usage. Rien de plus simple en effet que de diffuser une photo sur Instagram, de partager un texte sur Medium, ou encore de mettre en ligne une vidéo sur YouTube. Un formulaire à remplir, quelques ajustements et votre contenu est déjà en ligne à portée de vos followers et fans. Ce que vendent les GAFAM, c’est avant tout une ergonomie sans faille. On prendra à témoin les filtres et outils de correction d’images d’Instagram : quelques tap, quelques slides, difficile de faire des interfaces plus ergonomiques.

Gagner son indépendance

Prendre son indépendance de ces plateformes demande des efforts : où héberger ses contenus ? Comment créer un site et l’installer ? Comment le personnaliser ? Avec quel logiciel modifier ses images ? Autant de questions qui aujourd’hui nous apparaissent follement techniques face à la simplicité d’utilisation des interfaces des GAFA. Mais des questions qui méritent d’être soulevées car elles sont le premier pas vers la reconstruction de Communs digitaux : c’est-à-dire de contenus qui peuvent rester accessibles pour le bénéfice de tous sans prendre le risque, du jour au lendemain, d’un changement des conditions d’accès ou d’une disparition pure et simple pour cause de changement de propriétaire.

Pour construire le monde hypertexte de demain, celui qui nous permettra de continuer à tisser des liens d’idées et de culture sur la toile, il est indispensable de remettre au goût du jour les bases techniques du Web. Non pas que chacun devienne développeur comme l’exigent les agendas politiques depuis quelques années, mais pour que chacun puisse posséder à son échelle les moyens de s’exprimer en ligne. Cela peut passer par un apprentissage simple de CMS – Content Management System – open source ou par la découverte d’outils permettant la création de sites statiques, afin d’y disposer des contenus propres, des créations accessibles librement et si possible sous licence Creative Commons. Cela peut passer aussi par l’expression sur des sites préservant les Communs comme la Wikipedia ou la contribution à la mise en ligne de contenus tombés dans le domaine public.

Une chose est certaine, c’est l’affaire de tous.

Envie de connaître la suite de l’histoire ? L’épisode 8 d’As We May link est déjà disponible :


As We May Link, c’est un voyage au cœur de l’hypertexte que vous propose l’agence de design digital Plan.Net France : 8 épisodes au cours desquels on parle de la façon dont créons des liens, des origines de l’hypertexte, des menaces qui pèsent sur lui et des opportunités que nous avons à le développer. Huit épisodes à retrouver sur ce blog, et sur les réseaux sociaux.

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