(As We May Link, c’est une histoire du Web et de l’Hypertexte en 8 épisodes. Si vous avez manqué le début n’hésitez pas à reprendre au premier article, c’est ici : https://serviceplan.blog/fr/2021/09/as-we-may-link-la-blibliotheque-des-origines/.)

Pour ce quatrième épisode de As We May Link, revenons dans le présent. On a jusqu’ici évoqué la construction de notre univers hypertexte, mais assez peu notre comportement face à celui-ci… Et de ce point de vue, il faut bien avouer que les dernières tendances sont assez peu enthousiasmantes.

Explorer en profondeur

L’hypertexte, dans sa définition de base, n’est pas simplement une juxtaposition de références plus ou moins bien choisies et présentées. La théorie de l’hypertexte implique la liberté pour le lecteur de lire ou de ne pas lire un contenu, de naviguer à sa guise dans un univers d’information quasi-infini.

Pour bien comprendre cela, le plus simple est encore de se pencher sur la façon dont nous naviguons aujourd’hui sur la Wikipedia : prenez n’importe quelle page de l’encyclopédie libre, par exemple celle consacrée au film Terminator 2. Prenez simplement la peine de faire 3 clics et voyez sur quel type d’information vous arrivez. Vous pouvez aussi bien arriver sur une page parlant de la colonnade du Louvre (Terminator 2 > Culture Populaire > Charles Perrault > Colonnade du Louvre) que sur une page consacrée au climat méditerranéen (Terminator 2 > Sarah Connor > Los Angeles > Climat méditerranéen). Deux exemples parmi des milliers de navigation possible.

Dans un monde d’hypertexte, la liberté de navigation est totale et ne dépend que de vos centres d’intérêt, de votre curiosité et du temps que vous avez à consacrer au surf. Malheureusement, le Web d’aujourd’hui tend de plus en plus vers la linéarité d’exploration.

Le problème vient à la fois des réseaux sociaux et des moteurs de recherche.

Nager à la surface

Du côté des réseaux sociaux, c’est l’usage du fil qui est en cause. En 2019, un internaute moyen scrollait 141 mètres de contenu chaque jour. Avec la démocratisation du scroll, la navigation sur le Web a changé de dimension : d’une navigation en profondeur, lien par lien, elle s’est muée en une navigation en longueur, au fil du pouce. L’interactivité sur les réseaux sociaux s’arrête aujourd’hui à deux actions. D’abord arrêter de scroller quand un contenu – le plus souvent une image ou une vidéo – attire notre attention. Et ensuite, cliquer sur ce contenu pour le liker ou pour en voir le détail (activer la lecture d’une vidéo, faire défiler un carrousel, ou accéder à un article).

La profondeur de consultation s’arrête là. La plupart du temps, nous reprenons notre scroll ou cliquons sur le bouton Back de notre navigateur pour reprendre le fil de cette navigation linéaire.

Cette tendance se double d’une intégration croissante des contenus. La multiplication des APIs permet en effet à n’importe quel acteur digital d’intégrer n’importe quel type de contenu à l’intérieur de sa propre interface. En conséquence : on consulte aujourd’hui des plateformes plus qu’on ne clique sur des liens.

L’exemple le plus flagrant de cette plateformisation de l’information, c’est Google. Le moteur de recherche permet désormais d’avoir accès à une foule d’informations sans le moindre clic : paroles de chansons, mesures, calendrier, points d’intérêt touristique… Google exploite de moins en moins les liens et renvoie de moins en moins vers les sites Web. Tout cela préfigure bien entendu d’autres révolutions : le vocal, la réalité augmentée et d’autres types d’interfaces dans lesquelles l’interaction sera sans doute minime.

Flotter…

Si on n’avait pas peur de la caricature, on dirait que le Net est actuellement en train de se transformer en une nouvelle télévision, un mass-média devant lequel le comportement des utilisateurs serait de nouveau passif et linéaire.

Ces grandes tendances au dirigisme sont d’autant plus inquiétantes que la consommation de contenu digital a pris énormément de place dans nos vies. Nous consultons plus de 200 fois notre smartphone quotidiennement, et l’apparition de syndromes comme le fameux FOMO – Fear of Missing Out – montre à quel point nous comptons désormais sur les contenus digitaux pour accompagner, et construire , notre vie.

Comment ne pas imaginer qu’un média devenu pauvre en possibilité de navigation n’ait pas d’impact sur nos vies ? Aujourd’hui, le Net a repris pour son compte les critiques que l’on formulait à l’égard de la télévision il y a seulement 35 ans. Alors, comment faire renaître l’utopie hypertexte ?

Envie de connaître la suite de l’histoire ? L’épisode 5 d’As We May link est déjà disponible :


As We May Link, c’est un voyage au cœur de l’hypertexte que vous propose l’agence de design digital Plan.Net France : 8 épisodes au cours desquels on parle de la façon dont créons des liens, des origines de l’hypertexte, des menaces qui pèsent sur lui et des opportunités que nous avons à le développer. Huit épisodes à retrouver sur ce blog, et sur les réseaux sociaux.

0 réponses

Répondre

Se joindre à la discussion ?
Vous êtes libre de contribuer !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *